Migraine

Et si le monstre de Frankenstein était né d’une migraine ?

De l'auteure de l'immortel roman Frankenstein ou le prométhée moderne, Mary Shelley (1797-1851), on sait que la vie fut loin d'être rose. Mort de son premier enfant, un bébé prématuré, peu de temps après sa naissance ; décès de sa deuxième fille d'une infection dentaire à un an et de son deuxième enfant, William neuf mois plus tard, qui succomba au paludisme à l'âge de trois ans ; noyade en mer de son mari Percy Shelley alors que la jeune auteure n'avait que vingt cinq ans ; suicide au laudanum de sa demi-soeur ; problèmes de santé qui l'affectèrent la vie durant et prirent de l'ampleur durant ses dernières années. Et pour finir, une tumeur cérébrale qui finit par l'emporter prématurément. Du moins, c'est ce que l'on croyait sur la foi d'une autopsie sommaire pratiquée alors.

Des symptômes qui ont duré 11 ans

Or, cinq chercheurs, dont le médecin légiste Philippe Charlier rendu célèbre par ses études de la tête d'Henri IV ou du coeur de Richard Ier, contestent aujourd'hui ce fait historique dans la publication scientifique The Lancet Neurology. Selon eux, ce qui a tué Mary Shelley n'était pas le cancer mais des épisodes de migraines de plus en plus violents. Plus spécifiquement, ce que l'on nomme une “migraine hémiplégique“, une variété très rare de migraine le plus souvent héréditaire qui, à la douleur migraineuse, associe troubles moteurs pouvant aller jusqu'à la paralysie, problèmes visuels, déséquilibres, voire pertes de connaissance. Comme nous l'explique l'une des auteurs, Raffaella Bianucci, de l'université de Warwick (Coventry, Grande-Bretagne), “les symptômes de Mary ont duré 11 ans et ne peuvent pas être attribués à une tumeur cérébrale maligne qui l'aurait tué rapidement. D'autres auteurs ont proposé qu'elle souffrait d'un méningiome, une tumeur cérébrale à évolution lente, dont il est vrai que les symptômes sont proches de notre hypothèse.“

Toutefois, Raffaella Bianucci et ses collègues disposent de quelques éléments supplémentaires pour corroborer leur hypothèse. “Dans ses jeunes années, Mary semblait souffrir d'hallucinations hypnagogiques qui ont été suivies dans sa vie d'adulte par des migraines complexes occasionnant des attaques d'hémiplégie.“ Des troubles physiques qui ont pu provoquer son décès mais incidemment fournir la matrice à son roman. Car les hallucinations hypnagogiques sont des états de conscience particulier qui surviennent durant la phase d'endormissement et qui associent hallucinations visuelles et auditives. Des expériences qui sont difficilement différentiables de la réalité et pour cette raison particulièrement angoissantes.

Ces épisodes auraient-ils pu inspirer la célèbre créature à la romancière ? C'est la seconde hypothèse des auteurs qui a été soumise pour publication au Journal of the Neurological Sciences et c'est notamment Mary Shelley en personne qui les leur a fourni dans le prologue à son roman : “La nuit où lui vint l'idée de son roman, poursuit Raffaella Bianucci, elle y décrit un 'rêve éveillé' où lui apparût 'un homme ramené à la vie grâce à une machine'". Si l'imagination de Mary Shelley fut d'une vivacité et d'une créativité hors-norme, il semble bien que ses différentes pathologies aient pu lui donner un coup de pouce.

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