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Info santé sur YouTube : le plus populaire n’est pas le plus fiable…

En cherchant à évaluer le sérieux des vidéos disponibles en ligne sur le cancer de la prostate, des chercheurs ont constaté que les plus "likées" et les plus "partagées" sont également les plus fausses. Mais la désinformation n’est pas une fatalité...

Sur le web, les informations les plus visibles ne sont pas toujours les plus sérieuses, et les internautes doivent faire preuve de beaucoup d’esprit critique lorsqu’ils partent en quête d’une réponse à leurs questions. Le conseil vaut aussi bien pour les sites recensés par les moteurs de recherche, les articles partagés sur les réseaux sociaux… que sur les sites de partage de vidéos.

La plateforme Youtube, qui domine actuellement l’offre, est devenue en quelques années un canal d’information privilégiés pour de nombreux internautes. Plusieurs équipes de recherche ont déjà enquêté sur le sérieux et la fiabilité des vidéos mises en ligne… concluant que, pour une même requête, les conseils les plus dangereux pouvait côtoyer les vidéos les plus fiables.

Cancer de la prostate : le pire est à la une

La revue European Urology publie une nouvelle étude, concentrée cette fois-ci sur les vidéos anglophones proposées pour les mots-clefs "traitement du cancer de la prostate" et "dépistage du cancer de la prostate". Pour ces deux entrées, les chercheurs ont passé au crible les 75 premiers résultats, les évaluant sur plusieurs critères.

Les méthodes proposées correspondent-elles aux dernières recommandations en vigueur ? Les vidéos promeuvent-elles des traitements suffisamment éprouvés ? Présente-t-on comme efficaces des traitements pour lesquels il n’y a pas (ou trop peu) d’études ? Les risques ou les effets secondaires des traitements ou des tests sont-ils présentés aux internautes ? Des solutions commerciales sont-elles indûment mises en avant ?

Résultat des courses : trois quarts des vidéos étudiées contiennent des informations erronées. Une sur cinq recommande des traitements médicaux non éprouvés, tandis qu’une sur quatre présente comme plus efficace des traitements coûteux et non évalués. Enfin, la moitié des vidéos passe sous silence les risques associés aux divers traitements proposés.

Mais le plus désespérant n’est pas là. Les chercheurs ont en effet observé que, sur ces requêtes, les vidéos qui propagent le plus d’informations mensongères ou obsolétes sont également celles qui enregistrent le plus de vues et le plus de "pouce vers le haut"… leur assurant une place de choix dans les suggestions du moteur de recherche YouTube, qui assimile la popularité à la qualité…

Asthme : le meilleur reste décevant

Faut-il conclure que, sur YouTube, toutes les vidéos très populaires sur les questions de santé racontent n’importe quoi ? Ce n’est hélas pas si simple… Cette corrélation entre popularité et manque de fiabilité (voire dangerosité) de l’information n’est pas systématiquement identifiée dans les études sur les vidéos "santé".

Dans le cadre d’une thèse présentée en 2018, le médecin généraliste et vidéaste Corentin Lacroix – animateur de chaîne YouTube WhyDoc – s’est penché sur la fiabilité des vidéos francophones traitant de l’asthme. "Sur ce sujet, cette corrélation entre nombre de « j’aime » et mauvaise qualité de l’information n’est pas ressortie dans l’analyse", nous explique-t-il. "Le nombre d’abonnés, l’ancienneté des vidéos, le nombre de commentaires, n’est pas non plus significatif."

Mais son constat sur la qualité des ressources proposées aux utilisateurs de YouTube n’est guère reluisant. "Concernant l’asthme, les vidéos analysées donnent globalement peu d’informations scientifiquement exactes. Près d’un tiers proposent des traitements non conventionnels,  le plus souvent assorties d’affirmations invalides. On note des propositions de traitement potentiellement à risques, des conseils retardant la prise en charge efficace des crises, des mises en garde injustifiées contre des traitements efficaces, jusqu’à une négation pure et simple de la réalité de la maladie !"

Selon le Dr Lacroix, une vidéo qui présente quelques informations d’apparence sérieuse peut très bien cacher un travail bâclé. "Certaines vidéos mélangent éléments scientifiques sérieux et conseils inappropriés. Cela peut empêcher le spectateur non initié à faire la distinction entre les informations basées sur des données correctement évaluées et les informations à risque".

La résistance s’organise

Dans une synthèse d’études publiée en 2015, des chercheurs nord-américains validaient le constat que les données "qui contredisent les connaissances scientifiques sur la santé" sont très présentes sur YouTube. "La probabilité que l’utilisateur lambda tombe sur ces informations fausses est relativement élevée", poursuivaient-ils, jugeant toutefois que les informations produites et diffusées par les agences sanitaires et les associations professionnelles sont généralement les plus sérieuses.

Depuis quelques années, des professionnels de santé francophones se sont saisi du problème et ont investi YouTube pour contrer la désinformation (Asclépios, Primum non nocere…).

Déplorant dans sa thèse que la vidéo la plus fiable identifiée dans l’échantillon étudié "[atteignait] tout juste la moyenne au score d’exactitude scientifique", le Dr Lacroix a réalisé son propre travail de vulgarisation sur l’asthme… histoire de ne pas laisser YouTube à ceux pour qui la santé de ceux qui les écoute importent moins que le nombre de "like" qu’ils leur donnent.

Sources :

  • K.C. Madathil et al. "Healthcare information on YouTube: A systematic review." Health Informatics J., 2015. n°21(3), pp. 173-94. doi:10.1177/1460458213512220

  • S. Loeb et al. "Dissemination of Misinformative and Biased Information about Prostate Cancer on YouTube." Europe Urology, publication avancée en ligne du 28 novembre 2018. doi:10.1016/j.eururo.2018.10.056

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